Comment préparer ses livraisons de nuit avant la fin de PieK
À mesure que la certification PIEK s'éteint et que la marque PeaK prend le relais, beaucoup d'opérateurs de livraisons de nuit se retrouvent dans une zone grise inconfortable. Que faire des flottes existantes, comment continuer à livrer en horaires décalés sans se mettre à dos les villes ni les riverains ? Parlons‑en franchement.
PIEK s'arrête, la ville ne se taira pas pour autant
Depuis l'annonce officielle de l'arrêt des activités de certification PIEK‑KEUR au 1er octobre 2025, le secteur de la logistique urbaine fait semblant de rester calme. En réalité, dans les couloirs des transporteurs, c'est un tout autre bruit qui monte : celui de l'inquiétude.
Les villes ne renonceront pas à leurs exigences acoustiques. Les 62 dB(A) entre 22h et 7h ne sont pas un caprice de certificateur, mais une traduction technique d'une exigence politique : préserver le sommeil des habitants.
Concrètement, trois faits simples s'imposent :
- Les obligations de résultats sur le bruit demeurent dans les chartes locales, PPBE et schémas de logistique urbaine.
- Les marchés publics et privés continuent à exiger un label reconnu (Certibruit, Silent Approach, etc.).
- La transition de PIEK vers PeaK portée par le Cemafroid est désormais l'option la plus lisible en Europe.
Un angle mort sous‑estimé : le risque contractuel
On parle beaucoup d'environnement, très peu de droit. Or le vrai risque, pour un chargeur ou un transporteur, n'est pas seulement une plainte de riverain : c'est la rupture de contrat.
Nombre de cahiers des charges logistiques - publics comme privés - mentionnent encore explicitement la certification PIEK. Certains prévoient des pénalités en cas de non‑respect des seuils sonores ou d'absence de label reconnu.
Avec la fin de PIEK, trois situations typiques apparaissent :
1. Les contrats qui mentionnent PIEK... mais pas le bruit
On trouve encore des clauses du type : "Les livraisons de nuit devront être réalisées avec des véhicules certifiés PIEK." Point final. C'est juridiquement bancal : l'objectif réel est acoustique, pas "PIEK" en tant que marque commerciale. Mais en cas de litige, ce flou vous dessert.
Dans ce cas, il est urgent de :
- Faire un état des lieux des contrats actifs et identifier ces clauses.
- Proposer un avenant substituant PeaK à PIEK, en rappelant les références techniques du protocole PeaK.
- Documenter que PeaK s'inscrit dans la continuité du protocole PIEK, avec maintien du seuil de 62 dB(A).
2. Les contrats qui visent les seuils sonores
Ce sont les mieux écrits : ils parlent de nuisances sonores et de conformité à des seuils, parfois en se référant aux PPBE ou à la démarche Certibruit. Dans ce cas, la transition vers PeaK est naturellement recevable, à condition de la formaliser.
La bonne pratique, ici, est de :
- Fournir aux donneurs d'ordre la documentation PeaK et le lien vers la liste des produits certifiés.
- Mettre à jour votre documentation commerciale pour référencer PeaK, et non plus PIEK.
- Intégrer systématiquement la copie des certificats PeaK dans les dossiers de réponse aux appels d'offres.
3. Les conventions locales type charte Certibruit
En France, la situation est plus claire : les chartes Certibruit ont déjà intégré la marque PeaK comme exigence de moyens. Paris, Lyon, Toulouse ou Limoges ne vont pas réécrire un modèle qui fonctionne. Elles s'attendent à ce que les opérateurs suivent.
Si vous êtes engagé dans une telle démarche, la question n'est donc pas "si" vous basculez vers PeaK, mais "quand" et "comment".
Que faire de votre parc PIEK existant ?
La vraie angoisse des exploitants, c'est ça : que vaudront encore, en 2026, leurs véhicules et matériels marqués PIEK ? Faut‑il tout remplacer, tout de suite ?
La réponse est plus nuancée que ce que certains commerciaux laissent entendre.
PIEK n'est pas une obsolescence technique
Un véhicule ou un transpalette silencieux le 30 septembre 2025 ne devient pas brutalement bruyant le 1er octobre. L'arrêt de la certification PIEK est institutionnel, pas acoustique.
En pratique :
- Les matériels PIEK conservent leurs qualités sonores, mesurées selon un protocole reconnu.
- Les villes qui ont exigé PIEK comme label de transition ne vont pas interdire du jour au lendemain ces équipements.
- Le problème se situe surtout sur les nouvelles mises en service et sur la lisibilité à long terme du marquage.
C'est précisément là que la marque PeaK vient donner une continuité et un cadre stable.
Stratégie raisonnable de renouvellement de parc
À l'échelle d'une flotte, une transition brutale est rarement pertinente. Une stratégie plus intelligente consiste à :
- Identifier les lots de véhicules et équipements les plus exposés (livraisons en centre‑ville dense, créneaux nocturnes).
- Planifier le renouvellement de ces lots en priorité avec des matériels certifiés PeaK.
- Conserver les matériels PIEK là où la pression acoustique et réglementaire est moindre (périphérie, horaires plus souples).
- Exiger de vos fournisseurs un calendrier clair de bascule vers PeaK sur leurs gammes.
Ce n'est pas spectaculaire, mais efficace. Les grands opérateurs qui s'en sortent le mieux sont ceux qui calibrent précisément cet échelonnement, site par site, ville par ville.
Un cas concret : une flotte de distribution alimentaire en Île‑de‑France
Prenons un exemple réaliste. Un distributeur alimentaire basé en Île‑de‑France exploite une cinquantaine de porteurs frigorifiques et une vingtaine de transpalettes électriques, avec des tournées nocturnes sur Paris, Saint‑Denis, Créteil et Versailles.
Son problème en 2025 :
- Une quinzaine de porteurs sont marqués PIEK, avec des contrats de location longue durée jusqu'en 2028.
- Les nouveaux marchés publics visent déjà la marque PeaK dans les spécifications techniques.
- Les relations avec les riverains sont fragilisées après quelques plaintes liées au bruit de hayons vétustes.
La démarche gagnante que nous avons observée chez ce type d'acteur :
- Cartographie des risques sonores : tournées en cœur d'agglomération, horaires critiques, matériels les plus bruyants.
- Dialogue en amont avec les collectivités : validation que la bascule vers PeaK est bien perçue comme une continuité de PIEK.
- Renouvellement ciblé : remplacement prioritaire des porteurs affectés aux tournées les plus sensibles par des modèles déjà listés parmi les engins de transport certifiés PeaK.
- Modernisation de la manutention : adoption de transpalettes et rolls labellisés, souvent sous‑estimés dans le bruit total perçu par les riverains.
- Communication transparente : information des clients B2B et des municipalités sur le calendrier de transition.
Résultat : le distributeur consolide ses créneaux nocturnes les plus rentables tout en réduisant significativement les appels de riverains, sans révolutionner brutalement son parc.
Anticiper 2026 : de la conformité minimale à la performance sonore
Les grandes métropoles européennes ne se contenteront pas éternellement de la conformité minimale. La tendance lourde, déjà visible dans certains PPBE français, c'est l'intégration du bruit dans une stratégie globale de logistique durable : ZFE, électrification, mutualisation...
Dans ce contexte, traiter la question sonore comme un simple "ticket d'entrée réglementaire" est une erreur stratégique. Les opérateurs qui prennent vraiment l'avantage :
- Utilisent la certification PeaK comme un levier de différenciation sur les marchés publics et privés.
- Conçoivent leurs schémas d'exploitation pour tirer parti des livraisons à horaires décalés : optimisation des tournées, réduction des temps d'attente, fiabilité accrue.
- Travaillent avec leurs fournisseurs pour aller au‑delà du strict seuil de 62 dB(A) et viser des solutions encore plus silencieuses.
Et maintenant, que faire concrètement ?
Si vous deviez résumer vos priorités pour les douze prochains mois, elles tiendraient en cinq actions :
- Examiner vos contrats et chartes, repérer les mentions PIEK et les objectifs acoustiques.
- Planifier la bascule progressive de votre parc vers des équipements certifiés PeaK.
- Exiger des constructeurs une feuille de route claire de certification PeaK sur leurs gammes.
- Formaliser vos engagements sonores dans vos réponses aux appels d'offres.
- Vous appuyer sur un organisme indépendant et reconnu pour sécuriser vos choix techniques.
La transition de PIEK vers PeaK n'est pas une parenthèse anecdotique, c'est un moment charnière pour structurer durablement vos livraisons de nuit. Si vous souhaitez clarifier vos besoins, challenger un projet ou faire auditer votre parc, le plus simple est encore de prendre contact : notre équipe PeaK au Cemafroid est justement là pour ça.